Le Rassemblement national a été fondé en 1972 sous le nom de Front national et renommé en 2018 ; il est présidé par Jordan Bardella, réélu le 24 octobre 2026 au congrès d'Orléans. Marine Le Pen a obtenu 23,15 % des suffrages exprimés au premier tour de la présidentielle 2022 (Conseil constitutionnel) ; aux législatives de 2024, le RN et ses alliés ont recueilli 33,15 % au premier tour, et le groupe RN compte 121 députés (novembre 2026, selon Datan). Marine Le Pen a été condamnée en appel le 7 juillet 2026 pour détournement de fonds publics, notamment à une peine d'inéligibilité, et s'est pourvue en cassation ; voir le détail de la candidature.
Comment il se définit
Dans sa communication, il met en avant la « priorité nationale », la maîtrise de l'immigration, la sécurité et la laïcité, et se présente comme « patriote » ; ses représentants récusent généralement l'appellation d'« extrême droite ».
Comment on le classe
Extrême droite (presse de référence, encyclopédies et nombreux politistes ; « droite radicale » ou « national-populisme » pour d'autres politistes ; bloc « extrême droite » du nuancier du ministère de l'Intérieur, rattachement jugé légal par le Conseil d'État le 11 mars 2024 ; le parti récuse ce terme et se présente comme « national » et « patriote »)
Les encyclopédies et la presse de référence le classent à l'extrême droite : Larousse décrit le FN comme un « mouvement d'extrême droite » qui défend l'identité française, s'oppose à l'immigration et promeut la « préférence nationale » ; Universalis le présente comme un parti d'extrême droite dont le programme reste centré sur la critique de l'immigration et de l'islam, tout en relevant l'abandon de certaines positions traditionalistes et un discours économique plus étatiste depuis 2011. Certains politistes emploient aussi la catégorie de « droite radicale » : Gilles Ivaldi (CNRS, CEVIPOF) range Marine Le Pen parmi les « candidats de droite radicale » et qualifie son programme 2022 de « social-populisme » ; d'autres le rattachent au courant « national-populiste ».
Sur le plan administratif, la grille de nuances du ministère de l'Intérieur rattache la nuance « RN » au bloc « extrême droite » ; le RN a contesté ce rattachement et le Conseil d'État a rejeté son recours le 11 mars 2024 (décision n° 488378), en jugeant la circulaire légale sans procéder à une qualification politique générale du parti.
Les étiquettes viennent de la presse de référence, des politistes et du ministère de l'Intérieur ; chaque parti peut les contester. Le même traitement s'applique à tous.
Pourquoi ce parti a été créé
Le Front national pour l'unité française est lancé le 5 octobre 1972 à Paris, lors d'une réunion d'une soixantaine à soixante-dix personnes, à l'initiative du mouvement Ordre nouveau, dont le deuxième congrès (juin 1972) avait décidé de créer un parti pour les législatives de mars 1973 ; l'étude publiée par la Fondation Jean-Jaurès présente Ordre nouveau comme « le principal mouvement néofasciste français » de l'époque. L'objectif déclaré est de rassembler la « droite nationale » dans un front électoral ; selon Larousse, la direction initiale mêle anciens partisans de l'Algérie française, nostalgiques du régime de Vichy, catholiques traditionalistes, nationalistes et centristes antigaullistes. Ordre nouveau confie la présidence à Jean-Marie Le Pen, ancien député poujadiste, choisi selon les historiens pour donner au parti une image plus respectable. Après la dissolution d'Ordre nouveau (28 juin 1973), une partie de ses cadres, autour d'Alain Robert, rompt avec le FN et fonde en 1974 le Parti des forces nouvelles, tandis que le FN, réduit à quelques centaines d'adhérents, reste dirigé par Le Pen ; le parti prend le nom de Rassemblement national en 2018.
Fondateurs et figures
Cofondateur et président du FN (1972-2011), président d'honneur jusqu'en 2018 ; exclu du parti en 2015 ; mort le 7 janvier 2025
Ancien parachutiste de la Légion étrangère en Indochine (1954) puis en Algérie, il est élu député de la Seine en 1956 sur les listes poujadistes (UDCA de Pierre Poujade), réélu en 1958 et battu en 1962. Il a été condamné à plusieurs reprises pour ses propos : au civil en 1991 et 1999 pour avoir qualifié les chambres à gaz de « point de détail » de l'histoire de la Seconde Guerre mondiale (1987), puis au pénal pour contestation de crime contre l'humanité (2012, propos de 2005 sur l'Occupation ; 2017, confirmé en cassation en 2018, après la réitération du « détail » en 2015), ainsi que pour injure (« Durafour crématoire », 1993) et provocation à la haine. En 2002, le journal Le Monde a publié les témoignages de quatre Algériens l'accusant d'avoir pris part à des actes de torture en 1957 pendant la guerre d'Algérie, accusations qu'il a contestées.
Cofondateur et premier vice-président du FN (1972), représentant d'Ordre nouveau
Journaliste, il s'engage dans la Milice en juin 1944 et est emprisonné à Fresnes à la Libération. Éditorialiste de l'hebdomadaire Minute, il vient d'Ordre nouveau et devient vice-président du FN à sa fondation, le 5 octobre 1972 ; à la suite d'un conflit avec Jean-Marie Le Pen, il démissionne et rejoint le Parti des forces nouvelles. Mort en 2012.
Cofondateur et premier trésorier du FN
Il s'engage dans la Waffen-SS en 1943. Après la guerre, il milite dans des groupes nationalistes ; il dépose avec Jean-Marie Le Pen les statuts du FN en 1972 et en devient le premier trésorier, avant de quitter le parti au début des années 1980. Mort en 1991.
Cofondateur, secrétaire général adjoint (1972) puis vice-président du FN (1973-1978) ; député de Seine-Saint-Denis (1986-1988)
Engagé à 15 ans dans des actions de résistance (1944), volontaire en Indochine puis en Algérie, partisan de l'Algérie française, il crée en décembre 1961, après la création de l'OAS, le maquis « Bonaparte » dans le Constantinois ; incarcéré en métropole en février 1962 et condamné à quatorze ans de détention, il est amnistié en 1965. Soutien de la campagne présidentielle de Jean-Louis Tixier-Vignancour (1965), il quitte le FN en 2011, à l'arrivée de Marine Le Pen, et suit Carl Lang au Parti de la France. L'historien Nicolas Lebourg le décrit comme « national populiste », anticommuniste et défenseur de l'Algérie française. Mort en 2020.
Dirigeant d'Ordre nouveau associé à la fondation du FN ; membre du bureau politique du FN jusqu'à sa mort (1978), chef de file de la tendance « nationaliste-révolutionnaire »
Ancien militant d'Occident puis dirigeant d'Ordre nouveau, il participe à la création du FN. Les historiens (Valérie Igounet ; Nicolas Lebourg et Joseph Beauregard, auteurs de François Duprat, l'homme qui inventa le Front national, 2012) le décrivent comme un stratège du parti et comme l'un des premiers diffuseurs de textes négationnistes en France. Il meurt le 18 mars 1978 dans l'explosion d'une bombe placée dans sa voiture ; l'attentat n'a pas été élucidé.
Présidente du FN puis du RN (2011-2021) ; candidate du parti à la présidentielle de 2022 ; candidate déclarée pour 2027
Fille de Jean-Marie Le Pen, née en 1968, avocate au barreau de Paris (1992), elle adhère au FN à 18 ans, en devient la responsable juridique (1994) et est élue conseillère régionale du Nord-Pas-de-Calais en 1998. Élue présidente au congrès de Tours (janvier 2011, 67,65 % des voix), elle engage la stratégie dite de « dédiabolisation » ; son père est exclu en 2015.
Président du RN (par intérim à partir de septembre 2021, élu le 5 novembre 2022) ; tête de liste aux européennes de 2019 et 2024
Né en 1995 à Drancy (Seine-Saint-Denis), il a fait l'essentiel de son parcours au FN-RN : porte-parole (2017), directeur de Génération nation (mouvement de jeunesse du parti), tête de liste aux européennes de 2019 puis de 2024 (31,37 %). Il est élu président du parti en novembre 2022 avec 84,84 % des voix face à Louis Aliot.
Repères
05/10/1972
Création du Front national pour l'unité française par des membres d'Ordre nouveau ; Jean-Marie Le Pen en devient président.
16/03/1986
Après un score proche de 11 % aux européennes de 1984 (10,95 %), le FN obtient 35 députés aux législatives organisées à la proportionnelle.
21/04/2002
Jean-Marie Le Pen obtient 16,86 % au premier tour de la présidentielle et accède au second tour, où il est battu par Jacques Chirac.
01/2011
Marine Le Pen est élue présidente du FN (67,65 % des voix), succédant à son père ; ce dernier est exclu du parti en août 2015.
01/06/2018
Le Front national devient le Rassemblement national, après une consultation des adhérents.
10/04/2022
Marine Le Pen obtient 23,15 % des suffrages exprimés au premier tour de la présidentielle (8 133 828 voix) et se qualifie pour le second tour face à Emmanuel Macron, qui l'emporte le 24 avril.
09/06/2024
La liste RN conduite par Jordan Bardella arrive en tête des élections européennes en France avec 31,37 % des suffrages exprimés.
07/07/2026
La cour d'appel de Paris confirme la culpabilité de Marine Le Pen pour détournement de fonds publics dans l'affaire des assistants parlementaires européens du FN, avec des peines différentes de celles de la première instance ; elle forme un pourvoi en cassation (détail dans la fiche de candidature).
Courants de pensée
Les historiens décrivent la fondation du FN comme une initiative d'Ordre nouveau, mouvement que Serge Berstein et Pierre Milza, cités par Jean-Yves Camus, qualifient de « fer de lance du néofascisme français » des années 1970 ; le FN agrège à ses débuts plusieurs familles de l'extrême droite (nationalistes, nostalgiques de Vichy, anciens de l'Algérie française, catholiques traditionalistes) et abrite jusqu'en 1978 une tendance « nationaliste-révolutionnaire » animée par François Duprat.
Le politiste Pierre-André Taguieff a popularisé dans les années 1980 la notion de « national-populisme » pour décrire le FN de Jean-Marie Le Pen, qu'il présente comme un « national-populisme autoritaire » mêlant bonapartisme et populisme réactionnaire à forte composante nationaliste et xénophobe ; Larousse décrit le programme de cette période comme ultralibéral en économie (admiration pour Ronald Reagan), ultraconservateur sur les mœurs, anticommuniste puis antiaméricain après 1990.
À partir de 2011, Marine Le Pen engage une stratégie dite de « dédiabolisation » visant à rendre le parti apte à gouverner (Larousse), en tentant de « gommer les aspects les plus polémiques » du programme (Universalis) ; cette période voit l'exclusion de Jean-Marie Le Pen (2015) et le changement de nom (2018). Le politiste Gilles Ivaldi (CEVIPOF) qualifie le programme de 2022 de « social-populisme », plus protecteur en économie que celui des années 1980.
Le parti revendique dans ses statuts la défense de « la souveraineté, l'indépendance et l'identité de la nation » et récuse le qualificatif d'« extrême droite » ; les politistes le rangent selon les cas à l'extrême droite, dans la « droite radicale » (Gilles Ivaldi) ou dans le courant « national-populiste », sans consensus sur une étiquette unique.
Fiche vérifiée en entier le 3 novembre 2026 ; depuis, seuls les éléments modifiés ont été revérifiés (mise à jour le 8 novembre 2026). Voir le journal des corrections